Comores: les forces gouvernementales ont repris la capitale de l'île d'Anjouan
ANJOUAN, Comores — Le gouvernement de l'Union des Comores a annoncé mardi matin avoir repris la capitale de l'île d'Anjouan aux rebelles du colonel Mohamed Bacar, même si des combats ont continué d'éclater de façon sporadique pendant quelques heures après l'offensive soutenue par l'Union africaine.
Plusieurs explosions et des coups de feu avaient retenti à l'aube sur cette île de l'archipel comorien, au lendemain de la menace d'une intervention militaire lancée par le président de l'Union aux fidèles du colonel Bacar, qui s'accrochait au pouvoir à Anjouan.
"Nous avons à présent repris la capitale", a déclaré le ministre comorien de la Défense, Mohamed Dosara, depuis l'île principale de Grande Comore. "Nous n'avons rencontré que peu de résistance", a-t-il affirmé.
Le port d'Anjouan était passé à la mi-journée sous le contrôle des troupes de l'Union africaine (UA), comme l'a constaté sur place un reporter de l'Associated Press. Aucune victime n'a été officiellement signalée, mais le reporter de l'AP a vu transporter un homme âgé, un civil, apparemment touché à la hanche par une balle perdue. Deux soldats de l'UA semblaient aussi être légèrement blessés.
Une dizaine d'hommes armés se présentant comme loyaux à l'homme fort de l'île se trouvaient à moins de deux kilomètres de la capitale Mutsamudu et semblaient attendre une attaque. Dans la capitale même, on entendait des coups de feu dans l'après-midi sans que cela empêche des habitants enthousiastes d'accueillir les troupes de l'UA dans les rues.
Dans le cadre de l'opération "Démocratie aux Comores" lancée à l'aube par l'UA, plusieurs centaines d'hommes, dont au moins 80 soldats venus de Tanzanie, ont débarqué de quatre navires. Une centaine de militaires comoriens sont ensuite arrivés en renfort pour ratisser l'île à l'aide de véhicules armés de mitrailleuses.
Le QG de l'Union africaine à Addis Abeba (Ethiopie) se refusait dans l'immédiat à tout commentaire sur cette intervention attendue depuis plusieurs semaines.
Selon un officier comorien ayant requis l'anonymat, les forces gouvernementales ont arrêté au cours de l'opération trois "haut gradés" ralliés au colonel Bacar. Le ministre Dosara a déclaré que les soldats recherchaient Bacar, et un habitant de la ville côtière de Domoni, Mohamed Kassim Adong, a dit avoir vu des militaires aller de maison en maison.
Dès les premiers tirs et explosions, des centaines d'habitants sont descendus dans les rues d'Anjouan, certains scandant "Bacar est un chien" ou "Nous avons gagné!"
A l'origine de cette intervention destinée à chasser le colonel Bacar, le gouvernement comorien n'a pas reconnu la réélection en mai 2007 de l'homme fort d'Anjouan, qui avait pris le pouvoir lors d'un coup d'Etat en 2001 avant d'être élu président en 2002. Bacar revendiquait depuis l'indépendance de l'île.
L'Union africaine, qui ne reconnaît pas davantage la réélection du colonel Bacar, a décidé de soutenir l'Union des Comores dans cette opération armée.
Le président de l'Union des Comores, Ahmed Abdallah Sambi, avait menacé lundi le colonel d'intervenir militairement, et des hélicoptères avaient largué des tracts sur l'île pour prévenir la population de l'offensive imminente, appelant la population à rester chez elle et à ne pas prendre les armes en cas de conflit. "J'ai ordonné à l'armée d'envahir Anjouan et de libérer l'île d'entre les mains de Mohamed Bacar", a déclaré M. Sambi lors d'une conférence de presse.
Chacune des trois îles principales des Comores possède un président régional, et l'Union africaine soutient Ahmed Abdallah Sambi dans sa volonté de préserver l'intégrité territoriale de l'archipel.
Depuis son indépendance en 1975, l'ancienne colonie française, qui compte aujourd'hui 750.000 habitants, a connu une série de coups d'Etat violents, et reste en proie à l'instabilité politique.
la presse canadienne
